À Marseille, SOS Médecins n'intervient plus dans certaines cités « trop dangereuses » Imprimer
Mardi, 31 Mai 2016 10:16

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Les rafales de mistral qui rendent malades les « minots », les contrôles des guetteurs impliqués dans les trafics de drogue à l'entrée des cités... Le président de SOS Médecins Marseille, le Dr Patrick Muller, 54 ans, raconte les défis de recrutement et de sécurité auxquels fait face l'organisation.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre et tous les jours de l'année, 36 médecins sillonnent Marseille et ses environs pour soigner les patients à domicile. Depuis cette année, ils ont ajouté une corde à leur arc et reçoivent désormais les patients en consultation dans un cabinet le soir et les week-ends.

Au standard de SOS Médecins, les appels affluent : petits bobos du quotidien, problèmes plus graves, et parfois quelques maladies imaginaires. « Nos standardistes sont chevronnées, elles posent les bonnes questions aux patients », affirme Patrick Muller.

« On renvoie vers le Samu toutes les urgences graves. Au début, SOS Médecins les traitait aussi, parce que le Samu n'était pas encore développé comme maintenant, mais aujourd'hui c'est très bien organisé », explique le Dr Muller.

Difficulté de recrutement

SOS Médecins célébrera mercredi 1er juin ses 50 ans. Avec 1 100 médecins permanents, l'association enregistre depuis plusieurs années une lente augmentation (1,5 % par an) de ses effectifs, même en pleine crise des vocations pour la médecine générale libérale. Mais à Marseille, les contraintes du métier font qu'aujourd'hui, l'organisation, dont les membres ont entre 50 et 60 ans, a du mal à trouver une relève parmi les jeunes médecins de la ville.

Selon le Dr Muller, « la difficulté de recrutement est directement liée à la forte féminisation du métier. Nous sommes souvent amenés à aller seuls dans des endroits pas très sécurisés et donc pour les filles, à mon avis, c'est moins adapté. Imaginez une nana seule à 2 h 00 du matin dans une cité. Tout est dit. Ce n'est pas que Marseille, ce sont les grandes villes. Mais on reste tenants du titre. Avec Grenoble peut-être ».

De fait, il n'y a que deux femmes parmi les 36 médecins de SOS Médecins à Marseille. « L'une va bientôt partir à la retraite, l'autre n'a qu'un peu plus de 30 ans mais elle est aussi sur le départ, entre autres suite à une agression, un samedi après-midi en plein centre-ville. On lui a tout pris, la voiture, la sacoche. On lui a laissé juste son téléphone pour qu'on puisse venir la chercher », raconte Patrick Muller.

Contrôlés à l'entrée et à la sortie par les guetteurs

« Cela arrive assez régulièrement, ça nous secoue. Il y a des cités dans lesquelles on ne va plus parce que c'est trop dangereux pour les médecins. La Castellane par exemple. D'autres dans lesquelles on essaie de retourner. Mais le centre-ville aussi n'est pas en reste ! », dit-il

« Dans les quartiers nord, vous êtes contrôlés à l'entrée et à la sortie par des guetteurs. Ils font un contre-appel : ils appellent le patient pour savoir s'il nous a bien appelés, comme si nous seuls allions démanteler leur réseau de trafiquants... C'est terrible pour les habitants des quartiers, car en général ils ne sont pas très suivis médicalement et ils peuvent avoir de grosses pathologies ».

Malgré ces contraintes, pour le Dr Muller, « le travail est sympa. On gagne notre vie, on fait un boulot qui nous plaît. Les gens sont tout contents qu'un médecin vienne les voir ».

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