Dominique Ringard : «SOS Médecins aimerait former des étudiants» Imprimer
Dimanche, 12 Juin 2016 20:17

Dominique_Ringard_dans_ses_nouveaux_locauxAprès six ans de présidence nationale de SOS Médecins, le Dr Dominique Ringard se recentre sur l’antenne amiénoise. Celle-ci déménage lundi 13 juin 2016.

Entretien avec DENIS DESBLEDS pour le Courrier Picard.

C’est quoi, SOS Médecins ?

Nous sommes une association de médecins libéraux. On est installé à Amiens-Nord : dès lundi, on sera dans le nouvel espace santé Maurice-Ravel, avec d’autres professionnels. Le domaine de SOS Médecins, correspond aux soins non programmés. On n’est pas des médecins traitants. On n’est pas là non plus pour remplacer les urgences. Nous faisons aussi bien des visites à domicile que des consultations, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. À Amiens, on est 15.

Êtes-vous plus chers que les autres médecins ?

Nous sommes conventionnés en secteur 1 : les consultations à notre cabinet sont à 23 euros, les visites de jour sont à 33 euros, les visites de nuit ou de week-end à 69 euros, comme pour tout autre généraliste. À Amiens, nous sommes les seuls médecins à faire de la permanence de soins la nuit (20 heures – 8 heures) et le week-end (de samedi midi à lundi, 8 heures). SOS Médecins Amiens, ce sont 110 000 appels en 2015, et 75 000 patients examinés.

Pourquoi avez-vous choisi de faire votre carrière à SOS Médecins, au lieu de vous installer dans un cabinet classique ?

Après mes études de médecine à Amiens, j’ai été interne au SAMU d’Amiens, puis remplaçant dans un cabinet généraliste, à Doullens, où je suis né. J’ai fait ensuite quelques remplacements à SOS Médecins. J’ai été emballé par cette activité. Il n’y a pas le côté redondant du suivi de patient. J’ai intégré la structure d’Amiens en 1994, puis j’en suis devenu président en 2000. Beaucoup de confrères de SOS Médecins de ma génération – j’avais deux mois quand Marcel Lascar a créé SOS Médecins à Paris, en juin 1966 – sont passés aussi par le SAMU. Ils retrouvent une activité où ça bouge beaucoup.

Il y a moins de routine que dans un cabinet classique ?

En médecine générale, il n’y a pas que de la routine. Mais à SOS Médecins, il y en a sûrement moins car on ne voit pas forcément les mêmes patients régulièrement, pour renouveler les traitements. Mais il faut des médecins généralistes, et heureusement qu’ils sont là. Beaucoup de patients ont un problème de santé qui nécessite un vrai suivi, ce qui n’est pas notre rôle.

Pourquoi avoir renoncé à la présidence de la fédération nationale, occupée de 2009 à fin 2015 ?

J’ai choisi de me recentrer sur Amiens, avec notamment ce projet d’espace santé, dont je suis l’administrateur. La présidence nationale était extrêmement prenante. Il y a 62 associations de SOS Médecins en France, avec 1 200 médecins, plus 200 à 300 remplaçants, pour 4 millions de patients examinés. En tant que président, j’ai dû faire beaucoup d’institutionnel. Il y a eu des discussions âpres et difficiles au moment de la loi Santé, des rencontres avec la ministre, les syndicats de médecins, le conseil de l’Ordre, etc.

SOS Médecins semble très citadin.

Au plan national, on est dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants, mais ça commence à descendre. Saint-Quentin (Aisne), c’est 50 000 habitants. On est présent à Sens, dans l’Yonne, qui a 25 000 habitants. On a été en discussion sur un projet à Compiègne, par exemple.

Pouvez-vous faire quelque chose contre la désertification médicale, qui touche surtout les campagnes ?

Nos consultations, ouvertes à tout le monde, permettent à des gens de venir d’ailleurs que de la ville. L’an dernier, on a reçu 3 000 patients, la nuit ou le week-end, qui ne venaient pas des villes où nous faisons les visites. On reçoit des gens qui font parfois 30 ou 40 km. La limite, dans ce cas, c’est qu’il faut disposer d’un moyen de transport pour venir nous voir.

SOS Médecins pourrait-il élargir ses territoires d’intervention ?

C’est ce à quoi réfléchit SOS Médecins à Saint-Quentin. Mais pour s’étendre, il faut recruter des médecins. Qui dit recrutement, dit formation. Il faut pouvoir accueillir des médecins stagiaires, mais cela nous est refusé, jusqu’à présent : comme on n’est pas des médecins traitants, les professeurs de médecine générale de la faculté d’Amiens considèrent qu’on ne peut accueillir des stagiaires. Dans d’autres régions, c’est pourtant possible. Or, il y a un déficit de médecins généralistes maîtres de stage. Nous aimerions former des étudiants à la permanence des soins, quitte à ce que les étudiants aillent aussi, en doublon, chez un généraliste « normal ». On ne peut couvrir le département entier en étant 15. Pour cela, il faudrait être 40, par exemple.

SOS Médecins à Amiens depuis 1988

En Picardie, SOS Médecins possède des antennes à Amiens, Saint-Quentin, Creil.
SOS Médecins Amiens a été créé en août 1988. Avec trois médecins, au départ, contre 15 aujourd’hui.
SOS Médecins Amiens couvre, pour les visites, Amiens, Poulainville, Camon, Petit-Camon, Cagny, Longueau, Dreuil-lès-Amiens, Salouël. Et fonctionne 24/24 heures et 7/7 jours.
Pour les consultations, les patients peuvent venir de plus loin, notamment la nuit.
Tél. : 03 22 52 00 00 ou 3624 (numéro national).
Dans le nouvel espace santé Maurice-Ravel, SOS Médecins dispose de sa propre entrée, 24 h/24.
En dehors des heures d’ouverture de l’espace santé, il sera évidemment possible de se rendre aux consultations de SOS Médecins : l’association a sa propre entrée, sur le côté gauche du bâtiment. Les 15 médecins disposent désormais de cinq salles de consultation, d’une salle d’urgence et d’une salle d’attente digne de ce nom. « On en a pour 70 000 euros de matériel », indique Dominique Ringard, président de SOS Médecins Amiens.
Patrick_Kerros_chef_du_service_sante_publique_de_la_Ville_dAmiens_et_Dominique_Ringard_president_de_SOS_Medecins_Amiens_et_administrateur_de_lespace_sante

Patrick Kerros, chef du service santé publique de la Ville d’Amiens, et Dominique Ringard, président de SOS Médecins Amiens et administrateur de l’espace santé

Les repères

SOS Médecins a fêté ses cinquante ans le 1er juin.
L’Amiénois Dominique Ringard, 50 ans, président de SOS Médecins Amiens depuis 2000, a présidé la fédération nationale de 2009 à fin 2015.
Il est également l’administrateur du nouvel espace santé Maurice-Ravel, à Amiens nord, là où l’antenne de SOS Médecins d’Amiens s’installe dès lundi 13 juin 2016, avec d’autres professionnels de santé.