LE CHAT NOIR Imprimer
Jeudi, 31 Décembre 2015 15:57
LE_CHAT_NOIR
Nous sommes en plein hiver. Les fumées s’étendent sur les toits glacés et la ville sommeille encore lorsque j’aborde ma dernière visite de la nuit.
Je suis appelé pour une gastro-entérite. Recouchée sur le canapé du salon de cet appartement cossu, la patiente m’explique : « Je vomis et j’ai la diarrhée ; je suis toute seule avec les enfants. Et tenez, regardez. » Derrière elle, dans la pénombre, roulé sur un autre canapé, un adolescent, aussi grognard et comateux que s’il s’était saoulé toute la nuit, geint en se tenant le ventre. « Ça lui a pris deux-trois heures après moi… On a dû se la passer. » « Où sont vos autres enfants ? » « Dans leurs chambres ». Elle m’indique le couloir. C’est là que je tombe nez à nez avec lui :
JE_TOMBE_NEZ_A_NEZ_AVEC_LUI
Tout droit sorti d’un dessin animé de Tex Avery, ce chat, à l’agonie, rampant sur le parquet à la manière d’une serpillière et traçant une ligne de vomi derrière lui, ce chat qui, lorsqu’il m’aperçoit, fait soudain bondir ses yeux vers les miens et bave « danger, danger », comme pour m’annoncer l’apocalypse.
EMMANUEL_BARRA
Je comprends. Une intoxication au monoxyde de carbone !
Je me précipite dans les chambres. Découvre les trois autres enfants allongés dans leurs régurgitations, presque inconscients, cours ouvrir les fenêtres, appelle les secours. Tous en ressortiront indemnes. Grâce à lui… Négligé dans l’urgence, le chat fut laissé sur le parquet du couloir, abandonné à un sort bien misérable.
TOUS_EN_RESSORTIRONT_INDEMNES