Coma repassé Imprimer
Vendredi, 29 Avril 2016 17:42

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Les voici donc tous rassemblés ; sur leurs mains jointes, ils ont les yeux baissés et, vêtus de noir, ils se tiennent en ronde autour du lit médical posté au milieu du salon ; tandis que les saccades de la pendule comptent les minutes de celui qui devait s’éteindre avant la nuit, le monument de la famille, le papy. Le décès était attendu. À plus de 90 ans, il venait d’entrer en coma dépassé.

Son épouse, vaillante, avait séché ses larmes pour s’enquérir des formalités. Maintenant, il y avait les obsèques à préparer.

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Mais le jour décline et les saccades de la pendule continuent de compter : « Docteur, c’est normal ? Il ne s’est toujours rien passé. » Tous sont arrivés d’Italie ce matin. Empli de compassion, je les salue un à un et, tel un acteur qui entre en scène, m’approche du grand-père pour l’examiner et confirmer le coma aréactif à la douleur.

Dr_Sylvain_Renard

Le téton gauche. Je le découvre. Le pince vigoureusement entre mes deux phalanges. Le corps frémit. Puis, une grimace. Un sourcil se fronce. Je le réveille. Papy se fâche. Je percute le tendon rotulien et la jambe bondit vers le plafond. Il est ronchon. Voilà deux jours qu’il n’a pas mangé ! « Va donc me cuire des pâtes ! », commande-t-il à la patronne. Les rires éclatent et mamy court à ses casseroles. J’appris plus tard qu’il avait présenté un épisode d’agitation quelques jours auparavant.

C’était les calmants, prescrits à cette occasion, qui l’avaient plongé dans ce coma prolongé.

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