Diarrhée du voyageur et autres risques liés à l’alimentation Imprimer
Dimanche, 08 Juin 2014 23:19

La diarrhée affecte fréquemment les voyageurs, son taux d’attaque pouvant dépasser 50% pour un séjour de trois semaines. Il s’agit généralement d’un épisode aigu bénin, spontanément résolutif en un à trois jours, mais qui peut être parfois grave. Elle est plus souvent liée à la consommation d’aliments solides que de boissons.

Parmi les étiologies, sont retrouvées les infections virales (rotavirus, norovirus...), bactériennes (Escherichia coli entérotoxinogène, Salmonella enterica non typhi, Shigella spp, Campylobacter spp, Yersinia enterocolitica, Vibrio cholerae...) ou parasitaires (Giardia intestinalis, Cryptosporidium spp, Isospora belli, Cyclospora cayatanensis, Entamoeba histolytica...).

Une consultation médicale est recommandée systématiquement chez l’enfant âgé de moins de 2 ans et aux autres âges dans les formes moyennes ou sévères, fébriles ou avec selles glairo-sanglantes, ou prolongées au-delà de 48 heures ou en cas de vomissements incoercibles.

4.1 Prévention

4.1.1 Hygiène

La prévention repose avant tout sur les mesures d’hygiène.

Se laver souvent les mains, avant les repas et avant toute manipulation d’aliments, et après passage aux toilettes. En l’absence d’eau et de savon, un gel ou une solution hydro-alcoolique peut être utilisé (attention au risque de photosensibilité).

Ne consommer que de l’eau en bouteille capsulée (bouteille ouverte devant soi), ou rendue potable par ébullition (1 minute à gros bouillons), ou par la combinaison d’une filtration (filtre portatif) suivie d’une désinfection [produits à base de DCCNa (dichloroisocyanurate de sodium), ou hypochlorite de sodium et ions d’argent]. Les glaçons doivent être évités.

Éviter de consommer de la nourriture vendue dans la rue sauf si elle est bien cuite et le récipient encore fumant. Les buffets froids des restaurants peuvent également comporter des risques.

Le lait doit être pasteurisé ou bouilli et la chaîne du froid assurée.

Peler les fruits soi-même.

Éviter les crudités, les coquillages, les plats réchauffés, les jus de fruits frais préparés de façon artisanale.

Éviter les sorbets et les crèmes glacées.

Bien cuire les œufs, les viandes, les poissons et les crustacés.

Se renseigner localement sur les risques de toxicité des poissons de mer (ciguatera).

4.1.2 Prophylaxie médicamenteuse

La prévention médicamenteuse n’est pas indiquée en dehors de situations particulières (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin notamment) et après avis spécialisé.

4.2 Traitement

Dans tous les cas, les mesures pour éviter ou corriger la déshydratation sont essentielles au traitement. Il est important de boire abondamment (liquides salés et sucrés en alternance) et, en particulier chez les jeunes enfants et les personnes âgées, d’utiliser des sels de réhydratation orale (sachets à diluer) à administrer à volonté et par petites doses successives en cas de vomissements.

Les parents de jeunes enfants doivent pouvoir reconnaître les premiers signes de la déshydratation et connaître les mesures nécessaires pour la prévenir :

utiliser rapidement les solutés de réhydratation orale (SRO) ;

réalimenter précocement l’enfant en assurant les apports caloriques nécessaires.

Les parents doivent être avertis de la nécessité de consulter rapidement.

4.2.1 Traitement symptomatique

Les anti-diarrhéiques ne sont pas recommandés en première intention chez les personnes présentant une diarrhée glairo-sanglante et/ou associée à une fièvre importante.

La prise d’un anti-diarrhéique antisécrétoire (racécadotril) peut atténuer la symptomatologie clinique. Le racécadotril est contre-indiqué chez la femme qui allaite.

L’usage d’un anti-diarrhéique moteur (lopéramide sous forme de chlorhydrate ou sous forme d’oxyde de lopéramide monohydraté) est à restreindre aux cas survenant dans des circonstances particulières (accès difficile aux sanitaires) en respectant les contre-indications chez les enfants âgés de moins de 2 ans.

Les pansements intestinaux ne sont pas indiqués dans la diarrhée.

4.2.2 Antibiothérapie

En l’absence de possibilités de consultation rapide et de diagnostic étiologique, une antibiothérapie empirique est indiquée dans les formes moyennes ou sévères, fébriles ou avec selles glairo-sanglantes (syndrome dysentérique). La préférence doit alors être donnée à une fluoroquinolone ou à l’azithromycine (cf. schémas posologiques pour l’adulte et l’enfant ) : Schemas_posologiques_des_antibiotiques.pdf

Une fluoroquinolone (ofloxacine ou ciprofloxacine) est préférable chez l’adulte en dehors de l’Asie.

Les contre-indications et les précautions d'utilisation doivent être prises en considération notamment en ce qui concerne le risque de tendinopathie (contre-indication en cas d’antécédents de tendinopathies après prise de fluoroquinolones), de photosensibilisation et de neuropathie périphérique. Il est important de sensibiliser les patients à certains effets et de les informer sur les signes d'appel.
L’allaitement est une contre-indication. Les fluoroquinolones sont contre-indiquées pendant toute la durée de la grossesse, à l’exception de la ciprofloxacine qui peut éventuellement être prescrite avec prudence.
Chez l’enfant et l‘adolescent, l’utilisation de fluoroquinolone doit être réservée pour des cas cliniques sévères compte tenu du risque de survenue d’arthropathies graves. Si besoin, il convient alors d’avoir recours à la ciprofloxacine qui est la fluoroquinolone la mieux étudiée en pédiatrie.

L’azithromycine est recommandé (hors AMM) en Asie en première intention plutôt qu’une fluoroquinolone, en raison du niveau de résistance des shigelles, des salmonelles et des Campylobacter, chez l’adulte, l’enfant et l’adolescent.
L’azithromycine chez l’adulte est une alternative en cas de contre-indication aux fluoroquinolones dans les situations où elles seraient justifiées. L’azithromycine est à éviter au premier trimestre de la grossesse par prudence en raison du manque de données.
Chez l’enfant et l’adolescent, l’azithromycine peut être utilisé dans toutes les formes de diarrhée quelle que soit leur sévérité.
Le risque identifié d'allongement de l'intervalle QT sous azithromycine doit être considéré chez les patients à risque d'allongement de l'intervalle QT ou chez ceux qui présentent une maladie cardiaque sous-jacente.

Schemas_posologiques_des_antibiotiques_recommandés.pdf

SOURCES